Les grands classiques des arômes tertiaires
Notes de sous-bois, humus et champignon
Dès que l’on approche un verre de vieux Bordeaux, de Bourgogne maturé ou d’un Rioja prestigieux, le parfum du sous-bois s’impose en majesté. Feuilles mortes, mousse forestière, truffe – ces senteurs rappellent les forêts humides après la pluie. Elles proviennent de l’évolution des composés phénoliques (sources : “Le Nez du Vin”, Jean Lenoir ; Jancis Robinson, “Wine Science”) : c’est la lente oxydation contrôlée des tanins qui forge ces nuances terriennes, souvent recherchées dans les vieux Pinot Noir ou les Tempranillo espagnols.
Les touches de cuir, tabac et fourrure
Dans les vins rouges de garde, notamment ceux passés par de longs élevages en fût (Barolo, grands Bordeaux), le nez se veloute de cuir neuf, de tabac blond, parfois de bouillon animal ou de pelure de fourrure. Ces notes ne sont pas des défauts, bien au contraire : elles traduisent la complexité et l’élégance acquises pendant la garde. Les cépages tanniques comme le Cabernet Sauvignon ou le Nebbiolo y excellent (source : “Wine Folly”, Madeline Puckette). On retrouve parfois un parfum subtil de boîte à cigare, particulièrement typique de certains vins du Médoc, reflet de leur élevage en barrique de chêne.
Épices et notes empyreumatiques : moka, torréfaction, truffe
Au fil du temps, d’autres senteurs s’invitent : poivre noir, clou de girofle, réglisse, ou des notes empyreumatiques comme la truffe, le café torréfié, la cendre froide. Ces arômes sont intimement liés à l’action de la micro-oxygénation et à la transformation des précurseurs aromatiques présents dans l’élevage sous bois. Chez certains vins blancs liquoreux (Sauternes, Tokaji), de nobles arômes de cire d’abeille ou de fruits secs (abricot confit, figue) s’épanouissent également.
Pruneau, figue sèche, fruits compotés
Les notes de fruits frais s’estompent pour laisser place à un registre plus confit. Le Merlot en vieillissant évolue vers le pruneau, la grenache vers le figue sèche. Les vins du sud ou les liquoreux exhalent alors des envolées de fruits rôtis et compotés, où se mêlent suavité et caractère (sources : “Les Arômes du Vin”, Editions Féret).
La patine du temps : cire, encaustique et vieux bois
Certains blancs évoluent vers des notes de cire d’abeille, de pierre à fusil, voire d’encaustique – typique des vieux Chenin de Loire ou de certains Rieslings allemands. Ces arômes témoignent souvent d’une belle minéralité, exaltée par le lent travail du temps.