Risques et enjeux : sécurité œnologique ou authenticité ?
Les promesses de la maîtrise
Les levures sélectionnées séduisent par la réduction du risque : finies les fermentations languissantes ou bloquées, redoutées surtout dans les années difficiles ou sur des grandes cuvées où la perte serait dramatique. À Bordeaux, sur les crus classés, plus de 90 % des vinificateurs utilisent des levures sélectionnées pour garantir la réussite technique (source: Union des Œnologues de France).
Elles permettent également :
-
De contrôler la production de sulfites et d’acides volatils
-
De limiter les déviations aromatiques (odeurs animales, réduction, etc.)
-
De faciliter la réactivité dans les grandes structures où chaque lot doit être conforme
Le pari de l’expression naturelle
Les défenseurs des levures indigènes placent la notion de terroir au cœur de leur démarche. Le vin devient le reflet fidèle de son origine, de son millésime, de l’environnement microbien du chai comme de la vigne.
Le revers : un risque accru de fermentation capricieuse :
-
Départs lents, voire absents, si la flore est appauvrie ou le jus peu nourrissant (vendanges précoces, raisins abîmés)
-
Possibilité de déviations ou d’arômes dits « sauvages » (groseille, cuir, sous-bois, volatile)
-
Obligation d’adapter la conduite de la cuverie, plus d’attention, parfois même une intervention de secours (re-pied-levurage, remontage aératif…)
Dans le Jura, chez certains vinificateurs en Vin Jaune ou en vins natures, il n’est pas rare de voir des fermentations s’étirer sur plus de 6 mois, voire, dans des cas extrêmes, de dépasser l’année, avec à la clef des profils atypiques mais parfois imprévisibles (La Revue du Vin de France, 2022).