Un Périgord en majesté : l’étonnante ascension d’un vin au Salon de l’Agriculture

18 juillet 2025

Un président, une gorgée : quand le Salon de l'Agriculture devient théâtre de révélations

Le Salon International de l’Agriculture, rendez-vous annuel de la France rurale et viticole, a toujours été un terrain de rencontres, d’effluves et d’anecdotes. Mais qui aurait parié que, ce matin du 27 février 2014, un vin du Périgord parviendrait à retenir l’attention – voire le sourire – du président François Hollande ? Dans le tumulte du Hall 2, l’ancien chef d’État, natif de Tulle, n’est pas étranger aux plaisirs du terroir. La scène est, paraît-il, devenue culte pour les habitués : un stand discret, une cave régionale, une poignée de vignerons fiers, et soudain, l’ancien président stoppe sa déambulation.

Ce clin d’œil présidentiel, immortalisé par AFP et Sud Ouest, donna au Périgord un projecteur inespéré. Mais pourquoi ce vin-là, à ce moment-là, a-t-il séduit les palais exigeants et l’attention médiatique ?

Périgord, terre de vins discrets : l’histoire occultée d’un vignoble

Si le nom Périgord évoque truffes, foie gras et délicatesse rurale, on oublie trop souvent ses terroirs viticoles. Pourtant, les vins du Périgord – regroupés aujourd’hui sous l’IGP Périgord (créée en 2012) – remontent à l’Antiquité. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, près de 20 000 hectares couvraient les coteaux de Dordogne et d’Isle, rivalisant avec Bordeaux autant en volume qu’en réputation (Source : Vins Bergerac-Duras, CIVRB). Le phylloxéra, la crise et l’exode rural n’en laissèrent que des traces : à peine 1 500 hectares aujourd’hui, tous types confondus.

Le Périgord s’accroche cependant à trois identités majeures :

  • Les vins rouges souples – dominés par le merlot et le cabernet franc, offrant une bouche croquante, des tanins ronds, et une finale sur la fraîcheur.
  • Les vins rosés, appelés “rosés de saignée” – pleins de vivacité sur des fruits rouges acidulés.
  • Enfin, quelques blancs secs et moelleux – principalement à base de sémillon et sauvignon.

Longtemps dans l’ombre, les vignerons du Périgord ont redoublé d’efforts de qualité depuis le début des années 2000. Le Salon de l’Agriculture est ainsi devenu leur tribune pour reconquérir le public français.

Le “Coup de cœur” présidentiel : récit d’une dégustation inattendue

L’épisode est rapporté par plusieurs médias régionaux (France 3 Périgords, La Montagne, Sud Ouest). François Hollande, en visite officielle, parcourt les allées du Salon. Il échange avec les producteurs locaux, goûte aux spécialités et se laisse guider vers le stand des vins du Périgord.

Sur la table, un rouge souple à la robe grenat : un IGP Périgord, millésime 2013, issu du domaine La Voie Blanche à Saint-Front-de-Pradoux (près de Mussidan). Le président trempe les lèvres, marque une pause et lance, dans un de ces apartés à la fois candides et calculés : “C’est pas mal ça, il faudra que j’en reparle à la table de l’Élysée !”

Quelques journalistes présents chuchotent : ce vin-là vient de conquérir son label le plus inattendu. Aussitôt, la production du domaine, modeste mais soignée, enregistre une hausse des commandes, bien au-delà du marché local. Les ventes progressent de 24% sur l'année selon les vignerons regroupés dans l’Association des Vins du Périgord, avec des expéditions jusque dans les caves parisiennes et une première apparition à la carte d’une brasserie du 7ème arrondissement (Source : Sud Ouest, communiqué AVP 2014).

Quels profils séduisent au palais ?

  • Un nez expressif : griotte, groseille, touche poivrée.
  • Une bouche souple : fraîcheur, tanins fins, finale digeste, excellente buvabilité sur la viande blanche ou un fromage.
  • Une personnalité régionale : ni too much, ni effacée, la convivialité avant tout.

La stratégie gagnante des petits vignobles face aux géants

Cet épisode met en lumière un phénomène peu discuté : la résilience des petits vignobles face à une concurrence hégémonique. Sur 350 exploitations viticoles en Dordogne, une centaine seulement exporte hors Nouvelle-Aquitaine. Le soutien institutionnel, via des événements comme le Salon de l'Agriculture ou Agri’Local, se révèle crucial.

Plus stratégiquement, les vignerons périgourdins misent désormais sur :

  • Des circuits courts (marchés, AMAP, offfres directes aux restaurants régionaux)
  • Une montée en gamme, avec plusieurs médailles au Concours Général Agricole : 14 récompenses rien qu’en 2023 (Source : Le Populaire du Centre, palmarès 2023)
  • Un œnotourisme axé sur authenticité et expérience, accueillant chaque année près de 30 000 visiteurs sur la Route des Vins de Bergerac et du Périgord.

La “vigne du coin”, souvent considérée comme folklorique, prouve à travers cet épisode présidentiel qu’elle peut devenir un atout d’image... À condition d’oser se montrer face au grand public.

Le vin et le pouvoir : un récit à la française

L’histoire entre le vin et les présidents de la République n’est jamais anodine. On se souvient du goût de Jacques Chirac pour le cahors, de la fidélité de Georges Pompidou aux crus du Cantal, ou encore de la curiosité œnologique d’Emmanuel Macron, qui a remis le vin au menu officiel des réceptions de l’Élysée (s’appuyant sur la dégustation de cinq régions différentes durant le dîner d'État du 22 janvier 2018, Source Le Monde).

François Hollande, en saluant un vin du Périgord, n’a pas seulement honoré un produit local : il a reconnu un pan de l’histoire rurale, un geste silencieux envers “la France des terroirs”. Ces clins d’œil ont un poids pour les vignerons, dont la reconnaissance institutionnelle influence directement la commercialisation – certains professionnels évoquant “un effet salon” avec des hausses de chiffre d’affaires de 10 à 25% sur les mois suivants pour les exposants distingués (Source : Comité National des Salons d’Agriculture).

Comprendre le Périgord dans le verre : clés de dégustation et accords

Que cherche-t-on réellement dans un IGP Périgord qui change la donne ?

  • Des arômes conjuguant fruits rouges et épices douces
  • Équilibre et fraîcheur, faible extraction pour garder la typicité du cépage
  • Un style “décomplexé” : ni formaté à la mode bordelaise, ni perdu dans la rusticité

Pour l’accompagner, des accords gagnants :

  • Magret rôti, pommes sarladaises
  • Truffe noire en lamelles sur un toast légèrement beurré
  • Cabécou du Périgord (fromage de chèvre) avec une pointe de miel

Le secret ? Privilégier la simplicité gourmande pour laisser au vin sa place d’expression.

Ce que révèle une reconnaissance aussi symbolique

Un vin offert à la dégustation présidentielle n’est pas qu’une parenthèse médiatique. Dans un secteur où la concurrence est mondiale et où la France elle-même, premier producteur mondial avec 45 à 50 millions d’hectolitres certains millésimes (Source : International Organisation of Vine and Wine – OIV 2023), multiplie les labels, la visibilité n’a pas de prix. Pour les Périgourdins, cet instant offert par François Hollande a montré que la singularité, la modestie et la sincérité ont encore leur place sur la scène nationale.

Ce type d’événement donne la preuve concrète aux jeunes vignerons – dont de nombreux néo-ruraux s’installent depuis 2015, selon l’AVP – qu’il reste possible, par la qualité et une identité forte, de s’arracher à l’anonymat. L’effet Salon ? Il va souvent au-delà de la simple vente : il redonne de la fierté à un terroir, revigore le dialogue entre producteurs et consommateurs, remet la curiosité au centre du verre.

La leçon à retenir ? Derrière chaque vin ignoré se cachent parfois des histoires, et parfois, il suffit d’un regard ou d’une gorgée échangée au détour d’un salon pour rallumer l’étincelle d’un territoire. Une invitation à parcourir le Périgord, verre en main et esprit ouvert, à la recherche du prochain “coup de cœur” hors des sentiers battus.

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