L’histoire d’une technique qui façonne une région
Dans l’ombre des caves et sous la lumière diffuse des paysages vallonnés, la macération carbonique s’affiche comme l’emblème indissociable du Beaujolais. Bien au-delà d’une simple technique œnologique, elle porte en elle l’esprit d’une région qui a su forger une identité singulière sur la scène viticole mondiale. Mais pourquoi ce procédé a-t-il trouvé son terrain d’élection sur ces parcelles de granit et d’argile ? Que révèle-t-il du rapport entre le vin, son territoire et la transmission des savoir-faire ?
Pour plonger au cœur de cette histoire, il faut d’abord remonter aux racines rurales du Beaujolais, à la croisée de la Bourgogne et du Lyonnais, où le cépage gamay règne en maître sur près de 16 000 hectares (source: Inter Beaujolais, 2023). Dès la fin du XIXe siècle, alors que les vendanges sont réalisées à la main, une forme empirique de macération en grappes entières est pratiquée. Mais c’est dans les années 1930-1950 que la macération carbonique, dans son acception moderne, s’impose vraiment, profitant de recherches menées notamment par Michel Flanzy à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). L’enjeu ? Exalter les qualités fruitées du gamay tout en domptant sa vivacité naturelle.